Alexis nourrissait depuis des années un amour secret pour Robert ; enfin, il trouva le courage d'inviter l'objet de sa tendresse à passer des vacances dans son domaine.
Le contact quotidien avec Robert lui apportait autant de douceur que de tourment ; tout ce qu'il n'osait formuler à voix haute, il le confiait à son journal intime.
Dans ces pages, son amour prit racine, se déploya jusqu'à devenir un arbre vigoureux, dont les fruits lourds recelaient ses pensées les plus enfouies ? un mélange d'acidité, de douceur et d'amertume à chaque bouchée imaginaire.
Au fil des pages qui s'épaississaient, la fin du séjour printanier approchait.
Alexis, le c?ur serré mais résolu, se préparait à la cérémonie d'adieu ; pourtant, Robert n'eut pas l'intention de partir.
« Le paysage ici est si beau... J'aimerais tant rester. Accepterais-tu de m'héberger pour une durée indéterminée ? » Les yeux bleus de Robert, transparents comme des perles de verre, ne reflétaient que lui seul.
« J'accepte », murmura Alexis d'une voix tremblante ; dans sa poitrine, son c?ur vibrant faisait écho au frisson de son âme.
J'accepte ? les portes du manoir, comme celles de mon c?ur, te resteront ouvertes sans limite de temps.
Mais le Robert qui demeura parmi eux semblait légèrement changé : ses regards portés sur lui étaient d'une tendresse presque intime ; sur la colline, leurs ébats dans l'herbe l'avaient vu, du bout des doigts, effleurer la nuque d'Alexis, lui arrachant un léger frisson ; et puis, il y eut ce baiser à demi volé, posé tout près de la joue...
Pour la première fois, Alexis, hésitant et troublé, coucha ces mots dans son journal.
« Robert m'aimerait-il ? »